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L'élan de Laura Santini
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Par Christiane Guérard (recherche), Marie Saint-Clair (texte)
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Le lanceur de disque, version du Discobole grec, © Mario Dubreuil
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Laura Santini se souvient qu'être née à Milan avant de devenir québécoise, c'est à la fois être issue d'un haut lieu de l'esthétique et appartenir par des fibres profondes à la communauté italienne d'ici. Elle se rappelle aussi d'une certaine maison génoise avec vue sur la mer où la création vivait en milieu naturel. Ces mémoires tricotées serrées ont donné naissance à son talent de sculpteure et présidé à son décor montréalais, intime et coloré, où l'inspiration mûrit et s'épanouit avant d'essaimer dans le monde.
On croirait en effet que le soleil d'Italie a pénétré jusqu'au salon par les baies en plein cintre pour habiller les murs et colorer l'arrondi des niches. Laura aime les teintes chaudes, les tapis persans, les rideaux de lin brodé des demeures milanaises. Elle y adjoint la patine de beaux meubles anciens, qui portent avec eux le souvenir de plusieurs générations, et le confort de deux canapés modernes aux couleurs épicées.
À travers la maison lumineuse, qu'elle partage avec son mari et ses deux filles, ses oeuvres jalonnent la route conduisant - par une succession de hasards qu'il a fallu mériter - d'une maîtrise à l'Université de New York à une réalisation monumentale pour le Centre communautaire italien de Montréal.
Le long de ce parcours initiatique, le bronze (polychrome y compris) s'impose sous tous ses aspects comme étant la matière de prédilection de l'artiste. Laura Santini utilise la technique dite de la cire perdue qui permet de modeler les reliefs avec le plus de précision. C'est aussi la plus difficile. Elle coule ses bronzes à Inverness au Québec, ou dans une fonderie d'Italie.
Un thème récurrent : le corps en mouvement, volontairement inachevé ou pourvu d'un visage à peine ébauché. Piégé dans l'immobilité paradoxale de la sculpture, il n'en traduit que mieux l'idée de l'élan. Quand par hasard il se tient en équilibre statique, comme le couple d'acrobates modelé dans le bois, le sujet et le titre ne laissent rien ignorer d'une activité physique intense, ni de la fragilité de la situation et, par analogie, de la vie.
Dans cette optique, Laura ne pouvait manquer de donner sa version du Discobole, la célèbre étude sur le mouvement du sculpteur grec Myron. Et c'est une émouvante réussite. L'inachèvement voulu semble dire que seul compte le jaillissement du départ. Qu'importe le point d'appui: ce peut être, symboliquement, une table à repasser ou une truelle de maçon; l'essentiel est de s'élancer. La lumière se fait alors sur la série des plongeurs, qui apparaissent dans plusieurs oeuvres, et sur le sens des Primi passi (Les premiers pas). Les petits pieds de la fille de Laura ont laissé, sous la table du salon, l'empreinte de leur départ dans la vie, suivis de près par un moulage des pieds de la mère qui soutient et accompagne. Des tire-fonds ayant appartenu au grand-père fixent l'oeuvre à son socle ; ils scellent ainsi le lien entre les générations, et l'histoire de la famille s'inscrit dès lors de façon tangible dans l'espace et dans le temps.
Laura a reçu comme un privilège la commande d'une sculpture monumentale pour le nouveau Centre communautaire italien. Elle est passée d'un même élan de la saga personnelle à celle de la communauté si chère à son coeur. Les Italo-Canadiens s'étant spécialisés dans la construction, elle a choisi, comme socle de l'oeuvre, le symbolisme d'une truelle géante, réalisée en acier corten. Le manche soutient un plongeoir rouge, couleur de l'énergie, d'où s'élance un personnage en acier inoxydable, image dynamique et positive, axée elle aussi sur le physique. Mais d'où vient ce «grillage» multicolore, rete en italien? D'un autre regard sur le corps, mais en profondeur celui-là et faisant écho à l'évolution des découvertes génétiques. Le test d'ADN n'est-il pas le moyen le plus sûr de connaître ses origines?
Les préoccupations d'un artiste témoin de son temps restent les mêmes depuis la Renaissance, et l'Homme se situe plus que jamais au centre du questionnement. Chez Laura Santini, les tentatives de réponses empruntent toutes les voies possibles, de la forme classique aux transformations imaginatives de la récup', comme c'est le cas pour Objets trouvés : le bel échiquier en ronce de noyer s'orne de pièces d'origine hétéroclite. Une démarche qui tente instinctivement de rejoindre un monde intelligible à travers le monde sensible. Voir les photos.
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